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Conseiller et proche de nombreux joueurs professionnels, Cyril Goprou est un observateur attentif du monde du football. Interrogé par Farid Rouas, dans l’émission « 100% Farid & Co », il prend le temps d’évoque des dossiers très intéressants comme Elye Wahi, Mickaël Nadé, Didier Drogba ou encore Bradley Locko.
Claude Puel disait d’Elye Wahi qu’« il a simplement besoin qu’on l’aime ». Est-ce une analyse juste ?
Oui. C’est quelqu’un qui fonctionne beaucoup à l’affect. Derrière l’image qu’il peut renvoyer, celle d’un joueur parfois nonchalant, dont le langage corporel peut sembler détaché, se cache en réalité quelqu’un de très attachant. Certains observateurs peuvent parfois douter de son implication lorsqu’il traverse une période plus difficile. Mais ce n’est pas la réalité.
Il suffit de regarder sa place dans le vestiaire. Il n’a jamais eu de problème avec ses coéquipiers, au contraire. Il est souvent apprécié. Cette perception extérieure vient surtout de sa personnalité et de sa manière d’être. Quand ses performances sont moins bonnes, on peut vite interpréter cela comme un manque d’envie, alors que ce n’est pas le cas. Wahi est simplement un joueur qui fonctionne beaucoup à l’affect.
Son passage à l’Olympique de Marseille n’a pas vraiment fonctionné. Comment l’expliquer ?
Effectivement, cela ne s’est pas bien passé. Mais il faut aussi rappeler que, parmi les nombreux joueurs arrivés à cette période, plusieurs ont rencontré des difficultés. Il a eu sa chance, mais la greffe n’a pas pris. Si l’on regarde l’histoire récente du club, peu d’attaquants français encore en construction ont réellement réussi à Marseille. Les joueurs qui ont marqué le club étaient déjà confirmés : Pierre-Emerick Aubameyang, Alexis Sánchez, et auparavant Bafé Gomis ou André-Pierre Gignac. La réussite d’un attaquant à l’OM ne se mesure pas seulement aux statistiques. Il faut aussi réussir à porter l’équipe et à inscrire ses performances dans la durée. Or, très peu d’attaquants ont réussi à s’imposer durablement dans ce contexte.
Le contexte marseillais a-t-il pu peser sur lui ?
À Marseille, le contexte est exigeant pour tout le monde. La passion est immense, mais la pression l’est tout autant. Pour un attaquant, elle est encore plus forte. Wahi est arrivé dans une période où certaines déclarations avaient déjà suscité des critiques. Il n’est donc pas entré dans les meilleures conditions. Pourtant, son ambition était claire : réussir à l’OM. Cela n’a pas fonctionné, mais il ne regrette pas cette expérience. Elle fait partie de son parcours et de sa progression.
« Nadé est un défenseur complet mais encore trop peu reconnu »
Parlons maintenant d’un autre club historique : l’AS Saint-Étienne. Mickaël Nadé est-il un défenseur sous-coté en France ?
À mon sens, oui. Mickael Nadé possède un profil assez rare. Si on observe les défenseurs évoluant en Ligue 1, en Ligue 2 ou même dans les grands championnats européens, peu présente ces caractéristiques : un joueur grand, puissant physiquement, rapide et doté d’une bonne qualité de relance. De plus, il est gaucher. Malgré cela, il reste sous-estimé. Cela tient aussi au contexte des saisons qu’il a connues à Saint-Étienne. Lorsque l’équipe évoluait en Ligue 1, le collectif n’était pas particulièrement performant. Dans ces conditions, même un joueur qui réalise de bonnes prestations individuelles peut passer inaperçu. Dans le football, lorsque l’on appartient à l’une des meilleures défenses du championnat, la reconnaissance vient plus facilement. Mais ceux qui l’observent attentivement savent qu’il est rarement mis en difficulté en un contre un. Il est dur sur l’homme, solide dans les duels et très rarement au sol. C’est un défenseur complet, mais encore trop peu reconnu.
En début de saison, il n’apparaît pourtant pas toujours comme titulaire dans les compositions. Comment expliquer ce paradoxe ?
Son parcours explique en partie cela. Il signe son premier contrat professionnel en 2016, à une époque où Saint-Étienne possède déjà un effectif expérimenté. Il effectue une première apparition lors d’un dernier match de saison, contre Nancy, sur terrain synthétique. La prestation n’est pas convaincante et le staff estime alors qu’il n’est pas encore prêt.
À partir de là, la confiance diminue. Il est ensuite prêté à Quevilly-Rouen. C’est là que tout bascule.
Qu’est-ce qui provoque ce déclic ?
Le déclic est avant tout mental. Avant ce prêt, il évoluait encore dans un environnement très familier. Quitter Saint-Étienne pour aller jouer dans un contexte plus rude, à un échelon inférieur, l’a obligé à sortir de sa zone de confort. Cette expérience lui a permis de se remettre en question et de comprendre une chose essentielle. A cet âge, un joueur doit avant tout jouer et accumuler du temps de jeu pour progresser. Ce passage a été déterminant pour la suite de sa carrière !
« Il n’y a pas d’autre profil comme Drogba aujourd’hui »
Lucas Gourna-Douath évolue désormais en Normandie, au Havre. Ce nouveau contexte lui réussit-il ?
Oui, clairement. Les joueurs que vous avez cités ont tous eu des trajectoires particulières, souvent marquées par une précocité importante. Dans leurs catégories de jeunes, ils faisaient partie des meilleurs. Lucas Gourna-Douath et Elye Wahi ont notamment évolué ensemble en équipes de France de jeunes. Quant à Mickaël Nadé, même sans sélection en équipe nationale, il signe son premier contrat professionnel alors qu’il est encore mineur. À l’époque, Kurt Zouma est encore au club et certains voient déjà en Nadé un profil comparable. Pour revenir à Gourna-Douath, son parcours est également précoce. Il joue très jeune avec l’équipe première de Saint-Étienne, puis rejoint Salzbourg. Là-bas, il passe trois saisons. Les deux premières sont positives, avec un titre de champion et des trophées nationaux. Il dispute également des compétitions européennes.
Son passage en Italie n’a en revanche pas abouti. Pourquoi ?
Il y a surtout eu un changement d’entraîneur. Lorsqu’il arrive, Claudio Ranieri est en place. Mais à la fin de la saison, Ranieri quitte le club et Gian Piero Gasperini lui succède.
Avec un nouvel entraîneur arrivent aussi de nouvelles idées et d’autres priorités. Gourna-Douath étant prêté, l’option n’a finalement pas été levée.
Vous avez aussi un lien de parenté avec Didier Drogba. Où situez-vous réellement le début de sa grande carrière ?
Pour moi, tout commence véritablement à Guingamp. C’est là qu’il se révèle. Le duo qu’il forme alors avec Florent Malouda est redoutable. Bien sûr, sa saison à l’Olympique de Marseille reste marquante et a profondément marqué l’histoire du club. Mais si l’on parle de l’émergence du joueur aux yeux du public, Guingamp constitue le véritable point de départ. Il a confirmé sur le tard. A partir de l’OM, ce qu’il a fait, sur la durée, c’est vraiment fort. Au-delà d’être un bon footballeur, c’est un homme qui a une aura. Il fait partie des meilleurs attaquants des vingt dernières années. Il n’y a pas un autre profil comme Drogba aujourd’hui.
« Le PSG s’était positionné sur Bradley Locko »
Vous connaissez également Bradley Locko, aujourd’hui à Brest.
Oui, Bradley est originaire de ma ville. Je l’ai vu grandir. Plus jeune, il habitait dans le bâtiment où nous avions l’habitude de nous retrouver. Il sortait souvent jouer au ballon avec son frère jumeau. À l’époque, je ne pouvais évidemment pas imaginer la trajectoire qu’il prendrait. Des années plus tard, j’ai appris qu’il avait intégré le centre de formation de Lorient. Ensuite, tout s’est enchaîné : Lorient, puis Reims, et sa progression s’est accélérée. À Brest, dès sa première saison, il réalise de très bonnes performances. Malheureusement, une blessure l’empêche ensuite de participer à la campagne européenne du club. Malgré cela, il connaît une saison importante, ponctuée notamment par une participation aux Jeux olympiques. Je me souviens d’ailleurs être allé voir un match contre l’Argentine à Bordeaux.
Quelle pourrait être la prochaine étape de sa carrière ?
Après sa grande saison à Brest, plusieurs clubs importants se sont intéressés à lui. J’en discutais notamment avec son frère à cette période. Certains clubs étrangers étaient déjà attentifs à sa situation. Même un grand club français s’était positionné : le Paris Saint-Germain. Il avait été question d’une offre autour de 15 millions d’euros. Après, je ne sais pas si elle a été formalisée officiellement.

