Bahebeck : « Au PSG, Kombouaré m’a appris à être vraiment méchant »

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Grand espoir du PSG à l’arrivée des Qataris en 2011, Jean-Christophe Bahebeck n’a pas réussi à s’imposer dans la capitale. Le natif de Saint-Denis conserve toutefois d’excellents souvenirs de cette vie parisienne, entouré par les stars de l’époque. Interrogé par Faris Rouas, il prend le temps de regarder dans le rétroviseur pour se rappeler quelques bons souvenirs.

Quel est ton regard sur le Paris Saint-Germain actuel ? Il est différent de celui que tu as connu ?
Ce sont deux clubs différents. On peut dire qu’aujourd’hui, c’est un club qui est presque à maturité. C’est un travail depuis plus de 12-13 ans, avec l’arrivée des Qataris en 2011. Il y avait encore Antoine Kombouaré, mon ancien coach. Je pense que c’est un travail qui a payé, qui a porté ses fruits dès l’an dernier, avec le titre suprême de la Ligue des Champions qu’on attendait depuis des lustres. C’est un club qui arrive à maturité maintenant. Il y a des fondations solides grâce à un coach qui arrive avec ses idées, et on le voit par la conquête de titres de l’an dernier, même si c’est un peu plus compliqué cette saison, mais c’est normal. 

Pourquoi c’est compliqué ?
Faire deux saisons d’affilée comme ça, les gens ne sont pas au courant que c’est extrêmement difficile physiquement. On peut le voir, il y a beaucoup plus de blessures que l’an dernier. Ce qu’ils font déjà, c’est quelque chose d’extraordinaire. Les supporters en demanderont toujours plus, mais qu’ils soient au minimum indulgent avec les joueurs.

Tu as été « titi » à ton époque, dans les années 2010. Cette saison, ils sont régulièrement titulaires. Quel est le titi qui t’impressionne le plus actuellement ?
Franchement, j’étais beaucoup porté sur Mayulu. J’ai été impressionné par ses premières entrées, ses premiers matchs. Il m’a fait penser à Adrien Rabiot à ses débuts : un peu du même poste, la même légèreté, au niveau technique aussi, au niveau facilité avec le ballon. Il m’a vraiment impressionné.

« Ibrahim Mbaye, c’est vraiment très impressionnant »

Il n’y a que lui ?
Mais aujourd’hui, je pense que ce serait Mbaye. Il a eu un stade de progression tellement rapide de son premier match. Au premier match, je voyais qu’il était timoré, il avait vraiment beaucoup de mal. Et aujourd’hui, il a su s’installer dans ce collectif. Il est dans cette concurrence en attaque, dans cette concurrence aussi en sortant du banc comme on dit au basket, même en tant que titulaire par moments. Parce que le scénario, quand il leur fait confiance, il leur fait vraiment confiance. Ce n’est pas demi-mesure. Donc, la progression qu’il y a eu sur ces 2-3 mois d’octobre à aujourd’hui pour Mbaye, c’est vraiment très impressionnant. Et puis, c’est une bonne nouvelle pour le PSG : il vient d’être sacré avec son pays à la CAN. Il va revenir avec beaucoup de force et de confiance.

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Luis Enrique les intègre logiquement. Est-ce que tu aurais pu t’imposer au PSG avec lui ?M’imposer, je ne sais pas. Je ne peux pas réécrire l’histoire. Je ne saurais le dire. Mais je pense que j’ai eu pas mal d’opportunités sous l’ère Antoine Kombouaré. J’en ai eu aussi pas mal avec Laurent Blanc, un peu moins en deuxième partie de saison. Mais je pense que j’aurais beaucoup plus joué avec Luis Enrique, c’est sûr. Mon jeu pouvait s’adapter aux consignes et au jeu proposé par Luis Enrique : basé sur le physique et la technique, un joueur qui aimait répéter les efforts, qui allait vivre des moments en profondeur. À cette époque-là, je jouais encore sur le côté. Donc je pense que oui, ça aurait bien pu se marier avec ce que Luis Enrique demande aujourd’hui. Les jeunes d’aujourd’hui ont vraiment la chance qu’on leur fasse confiance.

Que reste-t-il aujourd’hui chez toi de l’ADN Paris Saint-Germain et de cette génération formée à Camp des Loges au début des années 2010 ?
La gagne ! Dans tout ce que je fais, je veux gagner. Vraiment, réellement, tout ce que je fais. Ça s’est développé même avant là-bas. J’ai toujours été un compétiteur. Je pense que c’est venu d’un de mes coachs que j’ai vu auparavant à Persan. Il nous parlait de ça : l’âme du compétiteur, le masque du compétiteur. Dès les plus jeunes années, j’ai eu ça. C’était presque un crime parce que par moments, on était là vraiment que pour s’amuser… Et moi, l’amusement, oui, je le connais, mais quand je gagne… Par exemple, il y a quelques jours, je faisais une petite soirée avec des amis et on jouait à Mario Kart. Il y avait la petite copine d’un gars qui joue en ce moment dans mon petit club. Elle me dit : « Non, non, moi je joue juste comme ça, tout à l’amusement. » Je dis : « Non, tu préfères ? On fait autre chose, on discute ? » Mais dès qu’il y a un jeu, tu as envie de gagner, tu as cette hâte. Et c’est ça qui pimente la chose, cette rivalité entre chacun. Sans ça, c’est impossible de devenir professionnel : vous êtes 50-60 en formation, et il n’y en a que très peu qui sont choisis.

Antoine Kombouaré, que t’a-t-il apporté comme premier coach pro au PSG, moment charnière de ton passage chez les pros ?
Il nous a tout appris, mais personnellement, cette hargne et cette volonté de combattant. Originaire de Nouvelle-Calédonie, là-bas on se bat jour après jour. Il m’a inculqué d’être vraiment méchant, à l’entraînement comme en match. Parfois brutal, sans peur de personne. C’est ancré en lui, dans son sang, ça coule dans ses veines. Moi, je suis plutôt posé, tranquille, discret sauf pour rigoler. C’est cette combativité constante qu’il m’a transmise. On espère le revoir vite sur un banc, Nantes pourquoi pas !

« Jouer contre l’OM, c’était comme arriver à la guerre… »

Tu es Parisien dans l’âme, tu as connu le Clasico. Qu’est-ce que ça représentait pour toi d’affronter l’OM ?
Mon premier Classico en U16 ou U18 avait déjà une saveur particulière. Mais en Ligue 1, à l’époque de Lucho González. De notre côté, Guillaume Hoarau, Hatem Ben Arfa, on a perdu 2-0 je crois. À la sortie, projectiles et insultes au Vélodrome : on ne voyait plus rien. Ça chantait en moi quelque chose d’exaltant, ça chauffait dans mon cœur et ma gorge. J’avais qu’une envie : en finir avec eux. C’était comme arriver à la guerre. Sur le terrain, sifflets dès que tu touches la balle, mais c’était bon. C’est ça le vrai foot, un match à part à vivre et à jouer !

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Que représente aujourd’hui Persan à tes yeux, ce club où tu as débuté en région parisienne ?
Ça représente presque tout, parce que c’est là où j’ai commencé à jouer au football, à l’âge de 7 ans et demi, 8 ans. Né à Saint-Denis, arrivé à Persan à 3 ans. Un ami d’enfance, Mathieu, m’a dit : « Inscris-toi au club de Persan, on y joue au foot. » Moi, je connaissais que Manchester United, la Juve… Je rêvais d’aller jouer avec David Beckham à 10-11 ans. C’était génial de voir autant de jeunes, de jouer avec autant de monde. Ce football insouciant m’a façonné : plaisir avant tout, les terrains rouges, sous la pluie, la neige ou le vent. 

Quel est ton regard sur le football amateur actuel ? 
Aujourd’hui, à cause de notre système, de notre époque, ça s’est trop professionnalisé trop tôt, à des âges ou tu ne dois même penser à ça. Bien sûr, tu dois avoir un minimum de rigueur, de concentration si tu veux progresser. Le football à la base, c’est un jeu, c’est un plaisir. C’est ce que j’ai perdu au fil de ma carrière. 

Aujourd’hui, tu t’occupes des petits à Persan. Pourquoi avoir décidé de prendre une équipe, et quelles sensations cela te procure ?
Être là avec les petits, c’est une sensation particulière que j’ai trois ou quatre fois par semaine. C’est de leur apprendre ce que moi, on m’a appris, et de les voir progresser. Quand tu leur apprends quelque chose et qu’après, la semaine d’après, ils le réalisent, tu es sur le côté avec un sourire bête. Je ne suis pas le genre d’éducateur à crier pendant tout le match. Même s’ils sont en difficulté ou se loupent, je préfère qu’ils le fassent demain. Je veux les laisser par eux-mêmes : à 9-10 ans pour les U10, je ne leur demande pas des choses d’adultes. Mais déjà qu’ils réfléchissent par eux-mêmes, avec les autres, dans une dynamique collective. Si ton copain galère et que tu as la solution, donne-la-lui. C’est à cet âge qu’on développe la matière grise, l’entraide.

« Lens ? Même s’ils surperforment, ils termineront Top 4 »

Selon toi, quel est le niveau du football amateur aujourd’hui ?
Il a évolué, oui. Malheureusement ou heureusement, dans le football amateur, on veut beaucoup copier ce qui se passe en pro : des tactiques comme le 3-4-3 ou le 3-5-2. On me dit que c’est l’époque qui veut ça. Au niveau technique, peut-être pas, mais dans tous les autres niveaux, oui. À 16 ans, je jouais en CFA contre des pères de famille, des hommes préparés qui savaient ce qu’ils faisaient. Aujourd’hui, ce n’est plus la même chose, en N3 ou N2, on a parfois l’impression de matchs d’U18. L’époque n’explique pas tout.

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Tu connais bien Florian Thauvin. Surpris par ses bonnes saisons en Italie à Udinese, et son rôle de leader à RC Lens ?
Je mentirais si je disais non. J’avais suivi son passage compliqué au Mexique à Tigres. Mais à Udinese, c’était une bonne chose pour Florian. En Italie, pour un Français avec ce pédigree, on te donne les clés du club, tu deviens vite capitaine. En Italie, c’est très tactique, c’est très physique. Ça rentre quand même dans les qualités à Flo. À Lens aussi, je ne suis pas surpris : ils font confiance, ont les bons joueurs intelligents au bon poste, sans effectif pléthorique. Ils ont toujours fait de grosses saisons depuis leur remontée. Même s’ils surperforment, ils termineront top 4 : on n’arrive pas champion d’automne par magie !

Si tu donnais ta liste pour la Coupe du Monde, mettrais-tu Thauvin ?
C’est compliqué. Ça dépend du système et du style de jeu. L’équipe de France, on l’a connu au top en contre-attaque. Le vrai problème, ce n’est pas devant. Il y a plein d’attaquants comme Mbappé, Barcola, Dembélé, Olise, Ekitiké, Cherki. C’est comment les faire jouer et dans quel dispositif. Le plus gros problème, c’est derrière, toujours les latéraux. Thauvin est en forme et on verra pour la liste de Didier.

Pourquoi ça n’a pas marché à l’ASSE ?
J’étais ravi de signer là-bas en prêt : un club qui visait l’Europe et le haut de tableau en Ligue 1, parfait pour progresser avec plus de temps de jeu. Sans blâmer Christophe Galtier, mon coach d’alors, il nous a recrutés : Eysseric, Maupay, moi et d’autres pour transformer le style : passer d’un Saint-Étienne solide en contre à un jeu de possession, avec un numéro 10 et des excentrés. Mais ça n’a pas fonctionné. Ce n’est pas totalement de la faute du coach. Une grande partie vient aussi de ma propre personne. Je n’ai pas su m’adapter à ce style de jeu d’autant que c’était l’année de mes premiers pépins aux ischios. Je n’ai pas su prendre soin de mon corps comme j’aurais dû le faire aussi.

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Avec Farid Rouas

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