Ismaël Diomandé : « La retraite ? Je n’ai pas connu de dépression, mais j’ai eu des moments difficiles… »

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Vainqueur de la Coupe de la Ligue avec l’ASSE en 2013 et de la Coupe d’Afrique des Nations avec la Cote d’Ivoire en 2015, Ismaël Diomandé (33 ans) a pris la décision de stopper sa carrière l’hiver dernier. Un choix qu’il raconte à Farid Rouas, dans un entretien à cœur ouvert, avec les meilleurs souvenirs d’une très belle carrière.

Parlons de ton actualité, Ismaël. Tu as décidé d’arrêter le football professionnel. Qu’est-ce qui a été le plus dur à accepter : ne plus jouer ou ne plus être footballeur ?
Ce n’est pas tant d’arrêter de jouer, parce que je continue à toucher le ballon, même si ce n’est plus au même niveau. Le plus difficile, c’est de ne plus être footballeur. Parce qu’être footballeur, ce n’est pas seulement les 90 minutes sur le terrain. C’est toute la vie autour : les veilles de match, le vestiaire, les déplacements, les routines, la pression. Quand tu as vécu ça toute ta vie, ce sont ces moments-là qui manquent le plus.

Ce manque est-il encore très présent aujourd’hui ?
Oui, énormément. C’est quelque chose qui revient souvent. Il y a des moments où ça te rattrape sans prévenir. Tu repenses à cette ambiance, à cette adrénaline. C’est très dur. Mais il faut l’accepter, il faut apprendre à combler ce vide autrement, à se reconstruire.

On parle souvent de la retraite comme d’un vide brutal. Toi, est-ce que tu as ressenti un manque, un soulagement, ou un peu les deux ?
Franchement, je n’ai pas ressenti de soulagement. Quand j’ai décidé d’arrêter, je n’étais même pas en France, j’étais encore dans mes réflexions. J’avais surtout l’impression de rentrer dans la vraie vie. Je me suis demandé ce que j’allais faire. J’ai passé toute ma vie dans le football, depuis les centres de formation, donc ce n’est pas simple de se projeter ailleurs. Tu te rends compte que tu ne sais faire qu’une chose, et ça peut faire peur.

« Le club dans lequel j’ai pris le plus de plaisir ? Caen »

Est-ce une période mentalement délicate pour les joueurs ?
Oui, très. Beaucoup de joueurs traversent des phases compliquées. Certains tombent même dans la dépression. Ce n’est pas négatif d’en parler. Le manque d’adrénaline, le rythme, la pression… tout ça disparaît d’un coup. Moi, je n’ai pas connu de dépression, mais j’ai eu des moments difficiles. On ressent un vide énorme. C’est pour ça que je dis souvent aux jeunes qu’il faut se préparer très tôt à l’après-carrière, être bien encadré, ne pas subir cette transition.

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Dans quel club as-tu pris le plus de plaisir ?
J’ai souvent dit Saint-Étienne, parce que c’est là que j’ai découvert le monde professionnel. Mais avec le recul, je dirais surtout Caen. Quand j’y arrive, c’est un prêt, ce n’est pas simple. À Saint-Étienne, je jouais surtout en Europa League, moins en championnat. J’avais besoin d’enchaîner. À Caen, Patrice Garande me voulait vraiment, il m’a fait confiance. J’ai pu jouer régulièrement, m’exprimer, prendre du plaisir. C’est une période qui m’a beaucoup marqué.

À l’inverse, quel a été le passage le plus compliqué ?
Samsunspor, en Turquie. Après ma blessure aux ligaments croisés, le président m’a convoqué à Istanbul pour me proposer une prolongation, mais avec une baisse de salaire. J’ai refusé. Avant ma blessure, j’avais très bien commencé la saison, j’étais souvent homme du match. Cette situation a créé des tensions. Même si on a fini par trouver un accord, humainement, ça a été une période très dure.

« On fait ce métier pour offrir un meilleur avenir à ses proches, mais humainement, le prix est lourd »

Pourtant, tu gardes un bon souvenir global du championnat turc ?
Oui, énormément. J’y ai pris beaucoup de plaisir. Jouer contre Galatasaray, Fenerbahçe, Beşiktaş, Trabzonspor… ce sont des ambiances incroyables. Même à l’échauffement, les stades sont déjà pleins. Les supporters sont passionnés, parfois excessifs, mais c’est ce qui rend ce championnat unique.

Quel a été le sacrifice le plus difficile à accepter dans ta carrière ?
Sans hésiter, la famille. Quitter ma fille quand elle avait sept ans, ça a été très dur. Aujourd’hui, elle en a presque quatorze. J’ai raté beaucoup de moments importants. Les emmener à l’école, les voir grandir au quotidien… ce sont des choses que tu ne récupéreras jamais. On fait ce métier pour offrir un meilleur avenir à ses proches, mais humainement, le prix est lourd.

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Le coéquipier le plus chambreur ?
Kurt Zouma. Toujours en train de danser, de vanner, de mettre l’ambiance. Florentin Pogba aussi, et Rémi Vercoutre à Caen, qui me glissait souvent des messages pro-Lyon dans mon casier pour me chambrer.

Le match que tu aimerais rejouer mille fois ?
La demi-finale de Coupe de la Ligue avec Caen contre le PSG. On n’était pas loin d’aller au Stade de France. Le stade était incroyable, l’ambiance folle. Amener les Normands en finale aurait été un souvenir énorme.

Le plus grand joueur avec lequel tu as évolué ?
Didier Drogba, Yaya Touré, et Julien Feret. Trois monstres, chacun à leur manière. Ce sont des références absolues.

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Le joueur actuel dans lequel tu te reconnais le plus ?
Moisés Caicedo. Il fait un travail de l’ombre énorme, essentiel pour son équipe. Beaucoup ne le voient pas, mais pour moi, c’est l’un des meilleurs à son poste aujourd’hui.

« J’espère vraiment revoir l’ASSE rapidement au plus haut-niveau »

Saint-Étienne reste une étape fondatrice ?
Oui, pour toujours. J’y ai grandi, j’y ai appris le métier. Quand tu arrives au centre, tu vois les photos de Rocheteau, Keïta, Platini, Blanc… tu comprends où tu mets les pieds. Ce club a une histoire immense. J’espère vraiment le revoir rapidement au plus haut niveau.

Ce maillot de la Côte d’Ivoire derrière toi, que représente-t-il ?
Toute ma carrière. La Coupe du monde 2014, la CAN 2015… Porter le maillot de son pays, c’est le sommet pour un footballeur. C’est une immense fierté.

La Côte d’Ivoire va disputer la Coupe du monde 2026. Tu la vois capable d’aller loin ?
Oui, sincèrement. La Côte d’Ivoire est un pays de football. Il y a beaucoup de talent, une nouvelle génération qui arrive, et des joueurs confirmés au très haut niveau. Mais pour franchir un cap, il faut changer de mentalité. Il ne faut plus aller à la Coupe du monde pour participer. Il faut y aller pour exister, pour viser quelque chose. Quand la France se qualifie, ce n’est pas pour faire de la figuration. Le Brésil non plus. Nous aussi, on doit se mettre ça dans la tête. On a les qualités pour rivaliser. Il faut de la structure, de l’organisation, de la confiance. Si on y va avec ambition et discipline, cette équipe peut surprendre. Ce n’est que mon avis.

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Pour découvrir l’interview en vidéo, réalisée par Farid Rouas, c’est ici


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