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Entraîneur adjoint en équipe de France Espoirs, aux côtés de Gérald Baticle, Jérémie Janot semble totalement épanoui dans ce rôle clé qui lui va si bien. Interrogé par Farid Rouas dans l’émission « 100% Foot Farid & Co », l’ancienne légende de l’ASSE s’attarde sur son quotidien et sa mission chez les Bleuets.
Comment décrirais-tu ta relation de travail avec Gérald Baticle au quotidien ?
On est sur la même longueur d’onde, on partage les mêmes valeurs. Déjà, ça a matché humainement. Et ensuite, sportivement aussi. Ça fait pratiquement quatre ans qu’on travaille ensemble. On a la même vision du poste, la même vision des coups de pied arrêtés, défensifs comme offensifs. Il me fait confiance et j’ai un véritable rôle d’adjoint. Je dis souvent que le rôle d’un adjoint dépend de l’importance que lui donne le coach. S’il veut que tu sois juste un ramasseur de ballons et un poseur de plots, tu le seras. Là, au contraire, il donne des responsabilités à tous ses adjoints, et à moi en particulier sur les coups de pied arrêtés défensifs et les gardiens de but. Et il n’hésite pas à nous demander notre avis sur beaucoup de choses.
Qu’attend-on concrètement de toi dans ton rôle auprès des gardiens ?
On attend d’abord une connaissance très précise du groupe. Cela passe par l’analyse des profils techniques, tactiques, mais aussi mentaux des gardiens. Lors des rassemblements, il faut être capable de constituer un groupe cohérent et équilibré. Ensuite, l’objectif est de les préparer à la performance dans un contexte particulier, avec peu de temps entre les matchs. On peut être amené à enchaîner rapidement, ce qui demande beaucoup d’adaptation. Il y a aussi une part importante d’anticipation. Lors du dernier rassemblement, par exemple, deux gardiens sont devenus indisponibles très rapidement. Le troisième a dû entrer en jeu presque immédiatement et assurer la performance face à des adversaires importants. Il faut donc préparer chacun à être prêt à tout moment, même dans des situations imprévues.
Comment identifiez-vous les gardiens aujourd’hui ?
Il y a évidemment ceux qui jouent régulièrement en club, ce qui constitue un premier indicateur. Nous nous appuyons aussi sur les bases de données fédérales pour suivre les profils plus jeunes. Mais la sélection se fait surtout de manière naturelle : ce sont la compétition et la performance qui font la différence. Les gardiens qui évoluent en Ligue 1, Ligue 2, des gardiens en D2 belge ou dans les pays du Golfe.
« J’ai un petit côté hypocondriaque (rire) »
Comment différencier un gardien performant d’un gardien à potentiel ?
On fait des vidéos à chaque rassemblement avec les gardiens, soit tous ensemble, soit individuellement. Cette fois, le coach avait choisi de les voir un par un. J’avais donc préparé une vidéo et on a échangé. À la fin, avec Robin Risser, on lui dit : « Tu sais Robin, on est très contents de ce qui t’arrive, mais si tu te rappelles l’année dernière, au mois d’octobre, quand tu n’étais pas encore au Red Star, c’était un peu plus difficile pour toi à Strasbourg. Pourtant, nous, on croyait déjà en toi comme aujourd’hui ». C’est aussi ça, notre rôle. Identifier un potentiel, croire au joueur et l’accompagner vers le plus haut niveau. Robin l’a reconnu : On lui a fait confiance, même dans une période plus compliquée.
Quel est ton rituel lorsque tu arrives à Clairefontaine ?
J’ai la chambre numéro 16, ça tombe bien, c’est aussi mon numéro de maillot, donc j’aime bien le clin d’œil. En plus, je suis souvent juste à côté de la chambre du doc. Du coup, mon petit rituel, c’est simple : à peine installé, je vais le voir pour faire un check-up complet. J’ai un petit côté hypochondriaque (rires), il aime bien me chambrer avec ça. Mais oui, dès que j’arrive, je pose mes affaires et je passe directement par la case médecin.
Les performances en Espoirs comptent-elles encore pour accéder aux A ?
Oui, clairement. C’est un ensemble. La plupart des internationaux passent par les Espoirs, ce qui reste une étape importante dans le parcours. Bien sûr, la performance en club est essentielle, mais les prestations en sélection comptent également. Le staff peut aussi transmettre des informations complémentaires, notamment sur le comportement en groupe ou l’état d’esprit des joueurs.
Aujourd’hui, il n’y a plus de matchs faciles ?
Non, plus du tout. Toutes les équipes sont bien organisées et extrêmement motivées, surtout lorsqu’elles affrontent la France. Elles sont à 2000 %. Franchement, je me mets à leur place. En face, il y a Mathys Tell, Leny Yoro, Nathan Zezé, Guillaume Restes, Robin Risser. Chaque match est exigeant, avec des adversaires capables de poser des problèmes, notamment sur des aspects précis comme les coups de pied arrêtés. Il faut rester concentré en permanence.
« Les gardiens d’aujourd’hui sont très profils très tournés vers la performance et la progression »
Ton rôle sur les coups de pied arrêtés défensifs ?
J’organise des séances spécifiques pour travailler les placements et les automatismes. L’idée est que les joueurs s’approprient le système pour être autonomes en match. Certains cadres ont un rôle clé sur le terrain pour ajuster les placements si nécessaire. C’est un travail collectif qui repose sur la rigueur et la répétition.
Les rassemblements sont-ils trop courts ?
On doit les rendre au club. On doit aussi les superviser. C’est vrai qu’on aimerait les avoir un peu plus longtemps. Le travail en amont est important, avec une large présélection de joueurs à suivre. Ensuite, il faut s’adapter en permanence en fonction des matches, des blessures ou des évolutions de forme. Cela demande beaucoup d’investissement de la part du staff.
Aujourd’hui, avez-vous des gardiens qui rassurent ou qui sauvent ?
On a les deux. Nous avons la chance d’avoir des gardiens de haut niveau, déjà performants en club. Ils sont à la fois rassurants, capables de maintenir un équilibre, et décisifs lorsqu’il le faut. Ils se distinguent aussi par leur maturité et leur exigence. Ce sont des profils très tournés vers la performance et la progression. Nous, on avait un côté un peu plus foufou.
Tu prends toujours autant de plaisir lors des rassemblements ?
Oui, sans aucun doute. Le niveau est très élevé et travailler avec ces joueurs est particulièrement stimulant. C’est un environnement exigeant, mais aussi très enrichissant au quotidien.

