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Ancien attaquant du PSG (2004-2009), Fabrice Pancrate faisait partie des anciens du club invités pour assister à la dernière finale de Ligue des Champions, remportée par Paris. Interrogé par Farid Rouas dans l’émission « 100% Foot, Farid & Co », il revient sur ce sacré européen et les dossiers chauds du mercato.
Toi qui as connu un PSG bien différent de celui d’aujourd’hui, imaginais-tu vivre un jour un tel moment de l’intérieur ?
Non, parce qu’on ne peut jamais prévoir ce genre de choses. Quand on vit le quotidien d’un club, on espère toujours le voir progresser et s’installer parmi les plus grands d’Europe, mais personne ne sait quand cela arrivera. L’arrivée des propriétaires qataris en 2011 a évidemment changé la perspective. À partir de ce moment-là, on pouvait envisager un tel succès, même si le club a connu des échecs avant d’atteindre ce niveau. Ces échecs ont aussi participé à sa construction.
Le fait d’être invité en tant qu’ancien joueur du PSG a dû te toucher ?
Bien sûr. Comme tous les anciens qui ont participé à l’histoire du club, j’ai été très heureux d’être associé à ce moment. L’année précédente, pour la première finale, j’aurais pu faire le déplacement mais les places étaient limitées. J’avais surtout envie de partager l’événement avec mes enfants. Finalement, je suis resté avec eux et j’ai commenté le match au Parc des Princes pour France Bleu. Ils ont pu vivre cette soirée dans une ambiance incroyable et ils en gardent un très beau souvenir. Cette année, en revanche, je leur ai expliqué que j’avais déjà fait un sacrifice la saison précédente et que cette fois, j’allais à Munich. Ils ont suivi la finale depuis Paris et tout le monde était content.
Le PSG que tu as connu et celui d’aujourd’hui, est-ce encore le même club ?
Oui et non. C’est le même club parce que son identité et son histoire restent les mêmes. Mais c’est aussi un club qui évolue désormais dans une autre dimension. Depuis l’arrivée des Qataris, Paris dispose de moyens financiers qui lui permettent de rivaliser avec les plus grandes puissances européennes. Cela change forcément beaucoup de choses sur le marché des transferts, dans la construction de l’effectif et dans les ambitions sportives.
Certains réduisent encore la réussite du PSG à l’argent investi. Pourtant, depuis deux ans, on voit surtout un collectif fort et une véritable identité de jeu ?
Je suis d’accord sur le fait qu’il existe aujourd’hui un vrai collectif. Mais il ne faut pas non plus opposer les deux notions. L’argent reste indispensable au plus haut niveau. Je ne connais pas de grand club européen qui gagne sans disposer de moyens importants. Dans le football moderne, les équipes qui dominent sont celles qui peuvent recruter les meilleurs joueurs. Cela ne veut pas dire que l’argent suffit. Il faut ensuite construire un groupe cohérent, trouver les bons profils et créer une dynamique collective. C’est précisément ce que Paris a réussi. On parle moins des sommes investies parce qu’il n’y a plus de transferts à 200 millions d’euros comme à l’époque de Neymar ou Mbappé. Mais quand on recrute des joueurs entre 50 et 100 millions d’euros, cela reste un investissement considérable. Il faut donc les moyens financiers, mais aussi la capacité à bâtir une équipe équilibrée. Aujourd’hui, le PSG possède les deux.
« Pacho me fait penser à Desailly »
Pendant la finale, lorsque certains cadres comme Vitinha, Dembélé ou Marquinhos quittent le terrain, as-tu craint une baisse de niveau ?
Pas vraiment. Quand on analyse l’effectif construit par Luis Enrique, on comprend que chaque joueur est prêt à prendre le relais. Les qualités ne sont pas forcément identiques, mais les remplaçants ont le niveau pour compenser une absence. C’est l’une des grandes forces de cette équipe. Les joueurs qui entrent sont des compétiteurs. Ils ont faim, ils connaissent les exigences du collectif et ils sont capables de répondre présents immédiatement. C’est le résultat du travail réalisé depuis plusieurs saisons.
Si tu devais retenir un seul joueur sur cette campagne européenne ?
C’est difficile parce qu’il y en a plusieurs. Mon premier choix serait Kvaratskhelia. J’adore son style. Il est élégant, humble, techniquement exceptionnel et très impliqué dans le collectif. Mais si je dois aussi évoquer un autre nom, je pense immédiatement à Pacho.
Pourquoi Pacho ?
Parce qu’il représente parfaitement ce qu’on attend d’un défenseur moderne. C’est un soldat. On ne parle jamais de lui en dehors du terrain. Il n’y a pas de polémique, pas de mise en scène. Il travaille, il performe et il répond toujours présent. Aujourd’hui, je le considère comme l’un des meilleurs défenseurs du monde. Il me rappelle certains grands défenseurs comme Kimpembe ou Desailly par son impact physique et sa capacité à imposer sa présence. J’aime énormément ce joueur.
Cette version du PSG est-elle la meilleure de l’histoire du club ?
Les résultats parlent pour elle. Quand on gagne deux Ligues des champions et qu’on produit un football de ce niveau, il devient difficile de défendre une autre thèse. J’ai beaucoup apprécié d’autres générations. Celle de Laurent Blanc, avec Zlatan Ibrahimovic, Javier Pastore et les autres, était magnifique à regarder. Plus récemment, l’équipe de Messi, Neymar et Mbappé possédait également un talent exceptionnel. Mais la différence majeure est que le groupe de Luis Enrique a remporté la Ligue des champions. Et il l’a fait à deux reprises. Cela change tout dans l’évaluation historique. Collectivement, cette équipe est probablement la plus accomplie que le club ait connue.
Parlons de Marquinhos. Doit-il encore être le patron de cette défense ou le PSG doit-il déjà préparer l’après ?
Préparer l’avenir, oui. Tourner la page, non. Je ne comprends pas cette volonté de pousser certains joueurs vers la sortie dès qu’ils dépassent un certain âge. On a vu de grands défenseurs rester performants très longtemps au plus haut niveau. Tant que Marquinhos se sent capable de jouer à ce niveau et qu’il reste complémentaire de Pacho, il doit continuer. Bien sûr, le club doit anticiper et préparer sa succession avec un jeune défenseur. Mais cela n’empêche pas de conserver un joueur qui symbolise autant l’histoire récente du PSG.
Pour moi, Marquinhos représente le club comme peu de joueurs avant lui. Il a connu les grandes joies, les immenses déceptions, la remontada, les critiques, les succès. Il est resté fidèle malgré les périodes difficiles. On oublie parfois qu’il avait envisagé de partir lorsqu’il était jeune parce qu’il ne jouait pas assez. Le club a insisté pour le conserver et il a fini par devenir un pilier. Son parcours mérite le respect.
« Barcola doit rester au PSG »
Mbappé ou Dembélé pour le Ballon d’Or ?
Je pense que la Coupe du monde sera déterminante. Les performances en club sont importantes, mais lorsqu’il y a une Coupe du monde, tout se joue souvent là. Si l’un des deux réalise un immense tournoi et mène sa sélection au titre, cela fera la différence. À l’inverse, si une autre nation remporte la compétition avec un joueur majeur, les cartes seront totalement redistribuées. Aujourd’hui, il est encore trop tôt pour trancher.
Si tu étais à la place de Luis Campos, quelle serait ta priorité sur le marché des transferts ?
Honnêtement, je ne vois pas d’urgence. Quand on regarde cet effectif, on constate qu’il est jeune, performant et parfaitement adapté au projet de jeu de Luis Enrique. Pourquoi vouloir modifier profondément quelque chose qui fonctionne aussi bien ? Bien sûr, il faut toujours anticiper certains départs ou certaines fins de cycle. Mais recruter pour recruter n’a pas de sens. Je pense que le PSG doit surtout conserver sa stabilité.
Même avec quelques renforts pour améliorer encore l’équipe ?
La question est toujours la même : à la place de qui ? Beaucoup de joueurs brillent ailleurs parce qu’ils sont titulaires indiscutables. Mais lorsqu’ils arrivent dans un club comme Paris, ils doivent accepter une concurrence totalement différente. On l’a vu par le passé avec plusieurs recrues. Certains joueurs avaient un excellent niveau dans leur ancien club mais n’ont jamais réussi à s’imposer à Paris. Aujourd’hui, le PSG possède déjà des solutions à presque tous les postes. Si personne ne part, empiler les joueurs n’apporte pas grand-chose.
Justement, certains s’interrogent déjà sur le niveau de Zabarnyi…
Je trouve que c’est beaucoup trop tôt pour le juger. Il arrive dans une équipe qui tourne parfaitement et où la concurrence est énorme. Devant lui, il y a notamment Marquinhos et Pacho, qui forment aujourd’hui une charnière de très haut niveau. Pour évaluer réellement Zabarnyi, il faudra le voir enchaîner. S’il dispute trente matches comme titulaire à la suite d’une blessure ou d’une absence prolongée, alors on pourra analyser ses performances et dire s’il a répondu aux attentes ou non. Aujourd’hui, ce serait prématuré.
On peut prendre l’exemple de Skriniar. C’était un excellent défenseur à l’Inter Milan, mais Paris représente un contexte différent, avec une pression et des exigences particulières. Je ne dis pas que Zabarnyi sera forcément une réussite, mais je ne suis pas convaincu non plus qu’il soit un mauvais recrutement. À mes yeux, il doit simplement avoir le temps de faire ses preuves. Dans un effectif aussi compétitif, la patience est indispensable.
Bradley Barcola doit-il rester ?
Absolument. Je suis un grand défenseur de Barcola. On lui reproche parfois son manque d’efficacité devant le but, mais il apporte énormément au jeu. Sa vitesse, sa capacité à éliminer, à créer des décalages et à déséquilibrer les défenses sont précieuses. Des joueurs avec ce profil, Paris n’en possède pas beaucoup. S’il améliore encore sa finition, il peut franchir un nouveau cap. Mais même aujourd’hui, son apport reste considérable.
Dembélé a évoqué l’objectif d’une troisième étoile. Le PSG peut-il déjà viser un nouveau sacre européen ?
Oui, je le pense. Quand je regarde cet effectif, son âge moyen, la qualité du collectif et la marge de progression de certains joueurs, je considère que Paris a les moyens de rester au sommet. Évidemment, personne ne gagne automatiquement une Ligue des champions. Les blessures, la forme du moment où les tirages peuvent tout changer. Mais viser une troisième étoile me paraît parfaitement légitime. Très peu de clubs sont capables d’enchaîner les succès européens. Paris a aujourd’hui l’opportunité d’entrer dans une autre catégorie historique. Ce doit être une ambition assumée. Même si l’objectif n’est pas atteint, personne ne pourra reprocher à cette équipe de l’avoir poursuivi. Mais avec le potentiel qu’elle possède, elle a toutes les raisons de croire à un nouveau sacre.

