« Si Habib Beye utilise les mêmes méthodes à Rennes qu’à l’OM, ça sera compliqué… »

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Journaliste d’expérience, et ancien collègue de Habib Beye sur la Chaîne L’Equipe, Dave Appadoo connaît parfaitement le nouvel entraîneur de l’OM et l’immense défi qui se présente à lui. Interrogé par Farid Rouas dans « 100 % Foot Farid & Co », le grand reporter s’attarde sur les spécificités marseillaises et sa riche actualité.

A l’OM, est-ce que le conflit fait partie de l’ADN du club ? 
Oui, je crois. À chaque fois, c’est intéressant, parce que c’est là que tu t’aperçois que les gens sont souvent contradictoires dans leurs aspirations. 

Comment ça se traduit avec les supporters ? 
Quand tu discutes avec les suiveurs de l’OM, les supporters marseillais, qui sont de bons connaisseurs de football, ils expliquent qu’ils voudraient enfin de la stabilité, du calme. Mais le fait est qu’eux-mêmes, après deux ou trois mauvais résultats, veulent la peau du coach, celle de la direction, et considèrent que les joueurs sont tous des chèvres et qu’il faut changer l’effectif. Alors que, lors du mercato, ils expliquaient qu’on partait sur un cycle et qu’il fallait arrêter de transformer l’OM en aéroport de Marignane !

On peut dire que c’est dans la nature du club ?
Exactement. Parfois, tu ne peux pas complètement lutter contre ta nature et contre ton identité.  Et peut-être même que ce n’est pas souhaitable. Peut-être que ce qu’est l’OM, c’est une forme de bouillonnement. C’est ce qui fait que c’est un club unique en France, et rare en Europe. C’est comme vouloir changer Naples : tu ne peux pas, Naples est Naples. Marseille, c’est Marseille. De la même façon que Paris a toujours été une capitale dorée avec des stars et des grands noms, c’est aussi son identité. Je pense que l’identité marseillaise, c’est ce côté un peu foutraque, bouillonnant, sur-passionné, sur-émotionnel. Et, franchement, ils font aussi notre plaisir. Parfois, tu t’arraches les cheveux, mais ils provoquent quelque chose chez toi : tu aimes ou tu n’aimes pas l’OM, mais tu ne restes jamais indifférent. 

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Il y a aussi un antagonisme avec Paris ? 
Oui. Je pense qu’il y a une forme d’existence dans le conflit. Ils existent beaucoup par opposition, notamment avec Paris : la capitale face au contre-pouvoir. Ils se nourrissent aussi de ça.

« Habib, c’était un consultant qui envoyait de la gouache »

Concernant Habib Beye, qui vient d’arriver à Marseille, son club de cœur, on a vu qu’il y avait une forme de cabale autour de lui…
Moi, je le connais un peu, notamment parce qu’on a travaillé ensemble à la chaîne L’Équipe et que je l’ai côtoyé ailleurs. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup, mais je sais aussi qu’il suscite de la jalousie. Il y a là encore un paradoxe : on reproche parfois aux consultants d’être des robinets d’eau tiède, mais Habib n’était pas de ceux-là, c’était un consultant qui envoyait de la gouache. Et, quand il se lance dans le métier d’entraîneur, auquel il aspire depuis le début, il est attendu au tournant, précisément parce qu’il donnait son avis sur les autres coachs. Quand un consultant ne parle pas, il se fait tailler ; quand il parle beaucoup, on lui dit que sur le banc, ce sera autre chose. Les gens ne sont jamais contents.

On parle de son échec à Rennes. Comment le vois-tu ?
Oui, l’histoire ne fonctionne pas bien à Rennes, c’est un fait.  Mais il récupère une équipe qui joue le maintien et la laisse sixième, potentiellement qualifiée pour l’Europe. Si tout le monde échouait comme ça, ce ne serait pas si mal. Après, il a fait des erreurs. C’est un jeune entraîneur, encore un peu vert, peut-être trop raide sur ses principes. Le très haut niveau demande aussi de la souplesse, de la capacité à dompter un vestiaire. Par exemple, quand tu arrives et que ton taulier est Brice Samba, et que tu laisses entendre que tu veux un concurrent pour lui, tu t’achètes des problèmes. Peut-être qu’il fallait d’abord l’intégrer à ton projet, en faire un allié. Je ne dis pas qu’il avait tort, mais qu’il faut parfois de la subtilité.

« Deschamps est resté trois ans à l’OM et on a vu dans quel état physique il a terminé »

Y a-t-il des modèles à suivre pour ça ? 
Quelqu’un comme Rudi Garcia, par exemple, fait ça très bien. Il a d’autres limites, mais il sait identifier les joueurs importants et se les mettre avec lui. C’est une force. Habib Beye ne l’a peut-être pas encore totalement, mais c’est normal, c’est un jeune coach. Je pense qu’il va beaucoup grandir à Marseille. Il n’a pas le choix. S’il applique les mêmes méthodes qu’à Rennes, ce sera compliqué. Mais quoi qu’il arrive, ce sera intéressant à suivre : si ça marche, ce sera très fort ; si ça ne marche pas, cela alimentera le débat sur sa capacité à ce niveau.

On dit qu’il a été favorisé par son lien avec Medhi Benatia… 
Mais le football est souvent une histoire d’hommes. Par exemple, quand Leonardo fait venir Carlo Ancelotti, il y a aussi une relation préalable. Le réseau compte. Le lien entre Benatia et Beye existe, personne ne le nie, mais je ne pense pas qu’il l’ait choisi uniquement pour cette raison. Il pense que c’est un bon coach, et on aura quelques mois pour le vérifier.

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Pourquoi l’OM use autant les entraîneurs ? 
Parce que tout est amplifié. La surexposition, la passion, le commentaire permanent font partie de son identité et de son charme. Le temps passe plus vite sur un banc à Marseille : un an là-bas, c’est comme quatre ailleurs. Didier Deschamps est resté trois ans, et on a vu dans quel état physique il a terminé, touché, usé. Cela dit tout de la spécificité marseillaise.

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