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Ancien gardien de but de Nancy, Auxerre et Rennes, Olivier Sorin est un passionné du poste. Un expert qui se livre au micro de Farid Rouas, dans l’émission « 100% Foot Farid & Co », pour évoquer son parcours, l’actualité des gardiens français et également le profil de Habib Beye, qu’il a récemment côtoyé à Rennes.
Quel était votre rapport avec les gants de gardien ?
Comme beaucoup de gardiens de but passionnés, j’ai un souvenir très marquant de ma première paire de gants. C’était une paire grise avec une paume rouge, et avant même mon premier entraînement, j’avais dormi avec. Ce détail peut sembler anecdotique, mais il illustre bien le lien très fort que j’entretenais déjà avec ce poste. Depuis toujours, être gardien a été une évidence pour moi. J’aimais tout ce qui y était associé : enfiler les gants, porter un maillot différent de celui des autres joueurs, faire face aux frappes, plonger dans la boue. Toutes ces sensations faisaient partie intégrante de ma passion lorsque j’étais enfant. Je n’ai jamais eu le souvenir d’avoir envisagé un autre poste. Pour moi, le football se résumait naturellement à être gardien de but, et cette conviction ne m’a jamais quitté.
À l’époque, aviez-vous un modèle ?
Oui, lorsque j’étais plus jeune, mon modèle était Bernard Lama. C’était une véritable idole pour moi, notamment pour son style spectaculaire et sa présence sur le terrain. Il dégageait quelque chose de différent, qui m’inspirait énormément. D’ailleurs, ceux qui m’ont connu à Nancy ou ailleurs s’en souviennent souvent avec amusement : il jouait régulièrement en pantalon, et j’avais adopté exactement la même habitude. Je jouais systématiquement en pantalon, simplement parce que je voulais lui ressembler. Cela montre à quel point son influence était forte dans ma manière de vivre et de concevoir le poste.
« Robin Risser, son parcours ressemble à celui d’Alphonse Areola »
Un gardien de but aujourd’hui, est-ce un joueur de champ déguisé ?
Je fais partie de ceux qui considèrent qu’un gardien reste avant tout un gardien de but. Sa mission principale demeure d’empêcher les buts, de sécuriser sa surface et de rassurer son équipe. Cela étant dit, il est évident que le poste a énormément évolué au fil des années. Les changements de règles, comme l’interdiction de prendre à la main une passe en retrait, ont profondément modifié le rôle du gardien. À cela s’ajoutent les évolutions tactiques, les systèmes de jeu et les exigences des entraîneurs. Aujourd’hui, le gardien est beaucoup plus impliqué dans le jeu offensif, notamment à travers le jeu au pied, la relance et la participation à la construction. Mais il a également vu ses responsabilités défensives s’élargir. On lui demande de sortir sur les centres, de gérer la profondeur, d’anticiper les ballons dans le dos de la défense, et d’accompagner le bloc équipe. Il y a plusieurs décennies, on parlait presque d’un gardien « de ligne », dont le rôle se limitait à rester sur sa ligne de but. Progressivement, les mentalités ont évolué, et les entraîneurs ont confié davantage de responsabilités aux gardiens, faisant de ce poste l’un de ceux qui ont le plus changé dans le football moderne.
Qui placez-vous en numéro un en équipe de France : Maignan, Samba ou aucun des deux ?
Aujourd’hui, la hiérarchie me semble relativement claire. Au vu des performances de Mike Maignan avec le Milan AC, il n’y a pas réellement de débat sur le poste de numéro un. Il s’est imposé comme une référence à son poste. Toutefois, ce qui est particulièrement intéressant en France, c’est la richesse du vivier de gardiens. Derrière lui, il y a d’autres profils de très haut niveau, capables de répondre présent à tout moment. Cela signifie que, quel que soit le gardien aligné, l’équipe de France bénéficie d’une grande sécurité à ce poste.
Aujourd’hui, y a-t-il une relève ?
Oui, plusieurs jeunes gardiens montrent des choses très intéressantes. On peut citer Robin Risser ou encore Guillaume Restes à Toulouse. Concernant Robin Risser, il a notamment démontré ses qualités à travers ses différents prêts, que ce soit à Dijon ou au Red Star. Son parcours peut rappeler celui d’Alphonse Areola à ses débuts, avec une progression étape par étape. C’est un gardien qui affiche beaucoup de sang-froid, notamment dans le jeu au pied, et qui se montre déjà décisif malgré son jeune âge.
Il semble toutefois connaître un léger creux…
C’est une situation assez normale pour un gardien, surtout à ce stade de sa carrière. Tous les gardiens traversent des périodes plus compliquées au cours d’une saison. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de sa première saison à ce niveau, avec des objectifs élevés. Lorsqu’un club joue les premières places, la pression est encore plus importante. On dit souvent qu’une grande équipe a besoin d’un grand gardien pour réaliser une grande saison. Dans ce contexte, il continue d’apprendre et de progresser, ce qui est tout à fait logique.
« La première réaction de Guy Roux : ‘Mets un manteau tout de suite, tu vas attraper froid !’ »
À Auxerre, vous succédez à Fabien Cool, puis Donovan Léon vous remplace. Est-il sous-coté selon vous ?
Oui, pour moi, il est clairement sous-coté. Même si j’ai conscience de ne pas être totalement objectif, car nous avons partagé de nombreuses années ensemble, son niveau mérite davantage de reconnaissance. Nous avons commencé à nous entraîner ensemble dès 2011, même s’il évoluait déjà à l’académie auparavant. Il a réalisé une saison très solide, notamment lors du maintien de son équipe, où il a été un élément déterminant. Comme pour d’autres gardiens, on peut dire qu’il a permis à son club de gagner des points importants. C’est un joueur qui s’est construit progressivement, avec un parcours parfois plus long que celui de certains autres gardiens. Il possède des qualités athlétiques remarquables et une vraie passion pour son poste. Lui aussi a été influencé par Bernard Lama. Et au-delà de ses performances, c’est également une personne très appréciée humainement.
Avez-vous une anecdote sur Guy Roux ?
Oui, elle remonte au jour de mon arrivée à Auxerre, en décembre 2006. Tout s’est fait très rapidement. Les deux clubs se sont mis d’accord en fin d’après-midi, et je devais être présent dès le lendemain matin pour pouvoir disputer le dernier match de l’année et valider mon contrat. J’ai donc pris la route immédiatement. Pendant le trajet, Jean Fernandez m’appelle pour m’indiquer un point de rendez-vous où Guy Roux viendrait me récupérer. Après plusieurs heures de route, j’arrive en soirée. Je descends de ma voiture, simplement vêtu d’un pull, sans manteau. Nous ne nous étions encore jamais rencontrés. Sans même un mot de présentation, sa première réaction a été de me dire : « Mets un manteau tout de suite, tu vas attraper froid. » Ensuite, il m’a demandé de le suivre jusqu’à l’hôtel où le staff m’attendait. Cette première rencontre, à la fois simple et marquante, reflète bien le personnage. C’est Monsieur Guy Roux !
Quel joueur vous a le plus marqué ?
À Nancy, je pense immédiatement à Soufiane Koné. Il avait commencé très jeune, autour de 17 ans, sous les ordres de László Bölöni. Il possédait des qualités impressionnantes : vitesse, puissance, technique, capacité à utiliser les deux pieds. Malheureusement, une grave blessure, survenue alors qu’il avait à peine 18 ou 19 ans, a mis un terme à sa carrière. Je garde notamment le souvenir d’un derby entre Metz et Nancy. Ce jour-là, le centre de formation avait été invité au stade. Nancy s’était imposé, et Soufiane avait inscrit un but. Au lieu de célébrer avec ses coéquipiers, il était venu vers notre tribune pour partager ce moment avec nous. Ce geste m’a profondément marqué. J’ai également eu la chance de jouer avec Benoît Pedretti. C’était un joueur doté d’une intelligence de jeu exceptionnelle. Il savait organiser son équipe, gérer les temps forts et faibles, orienter le jeu et assumer un rôle de leader. Il guidait, encourageait, recadrait lorsque nécessaire. C’était un véritable capitaine, capable d’influencer le collectif dans tous les aspects du jeu.
« Habib Beye est profondément passionné »
Vous étiez récemment à Rennes. Comment était le vestiaire avec Habib Beye ?
C’est un entraîneur qui délègue beaucoup à son staff, tout en conservant des idées très claires et des convictions fortes. Il sait les défendre et les argumenter. C’est surtout quelqu’un de profondément passionné par le football et par son métier. C’est quelqu’un qui vivait tout à 100%. En tout cas, il transmettait ça. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’énergie. Il s’implique totalement dans ce qu’il fait et cela se ressent dans son management au quotidien.
Parlait-il de son ambition de coacher l’Olympique de Marseille ?
Non, ce n’était pas un sujet que nous abordions à Rennes. Les journées étaient très chargées et principalement consacrées au travail. Il lui arrivait de partager des anecdotes de sa carrière, que ce soit à Marseille ou en Angleterre, mais nous restions avant tout concentrés sur nos objectifs avec le club. Le coach Beye, c’est quelqu’un de passionné, c’est quelqu’un de dynamique. Mais les Bretons sont passionnés. Donc, ça matchait bien.
Quel est le plus grand gardien que vous avez entraîné ?
Je citerais trois gardiens, sans établir de hiérarchie entre eux. Tout d’abord, Steve Mandanda, dont la carrière parle d’elle-même, mais qui se distingue également par ses qualités humaines exceptionnelles, sur et en dehors du terrain. Ensuite, Edouard Mendy, qui possède un potentiel remarquable et qui a connu une progression impressionnante. Ceux qui l’ont côtoyé à Rennes ne sont pas surpris par sa réussite par la suite, notamment à Chelsea puis à l’étranger.
Enfin, Tomas Koubek, avec qui j’ai débuté en tant qu’entraîneur des gardiens au sein du groupe professionnel à Rennes. Nous avons notamment remporté la Coupe de France en 2019 ensemble. Au-delà de leurs performances, ces trois gardiens m’ont marqué par leur professionnalisme, leur état d’esprit et leur engagement quotidien.

