OM : « Le choix d’écarter Rabiot n’est pas celui de Benatia mais de De Zerbi »

Interviewé par Farid Rouas, le journaliste de Libération Grégory Schneider évoque les grandes thématiques de l’OM. Et notamment le rôle de Medhi Benatia depuis son arrivée dans le club, pleine d’autorité.

Un dirigeant issu de l’ENA peut-il comprendre l’OM ? 
Il dispose, vous le savez, d’un entourage. La manière de s’entourer détermine aussi une ligne politique, car il faudra lui expliquer en partie le fonctionnement. Encore une fois, concernant Stéphane Richard, il ne me semble pas possible de lui intenter un procès d’intention. Marseille demeure, de toute façon, un club singulier. Des journalistes ont réussi. Jean-Claude Gassier est champion de France. Un an après son arrivée, je retiens une phrase dans Libération d’un confrère. Il expliquait que c’est comme si l’on avait attribué trois étoiles Michelin au McDonald’s de Port-le-Bouc. Marseille reste extrêmement particulier. Tout est possible, y compris voir Stéphane Richard réussir.

Il n’est pas question de comprendre un club, mais de comprendre une ville ?
Oui, cela dépasse encore ce cadre. Toutefois, si les résultats suivent, la relation entre la ville et le club restera apaisée. C’est une réalité universelle. Dès lors que les résultats espérés ne sont plus au rendez-vous, apparaissent des manœuvres discrètes et des tensions internes. Stéphane Richard y sera confronté comme ses prédécesseurs si les résultats ne suivent pas.

« Habib Beye n’est personne pour refuser l’OM »

Le costume de directeur du football de Medhi Benatia est-il trop grand ? 
Non, il adopte simplement une certaine vision. Il a contribué et s’inscrit dans une tendance actuelle. Faut-il pour autant hausser le ton ? Pas nécessairement, mais le PSG avait déjà anticipé cette posture en bloquant le transfert de Neymar lorsqu’il souhaitait revenir à Barcelone. Il s’agit d’une reprise de contrôle du club sur les joueurs et le vestiaire. Benatia s’inscrit dans cette logique. Les Qataris, à leur arrivée dans le football, ont introduit cette approche. On peut en débattre, mais ils ont réaffirmé les limites du club : soit l’on est dedans, soit l’on est dehors, sans passage fluide entre les deux. Sous contrat, on reste sous contrat. Un départ n’intervient que si le club l’autorise, quitte à écarter un joueur et à le priver de temps de jeu. Si tel est le prix, il est assumé. L’institution, son maillot et son identité ne sont plus négociables. Benatia s’inscrit dans cette continuité. Il réintroduit une forme d’autorité, comparable à celle instaurée par Deschamps à son arrivée en équipe de France après Laurent Blanc. Il s’inscrit clairement dans ce courant. Il convient de prendre du recul. Si certaines dérives ont pu apparaître, cette approche a aussi permis de structurer le vestiaire et d’instaurer un cadre. Il ne peut raisonnablement pas accepter ce qui s’est produit à Lorient, ni plus largement à Bruges. Par ailleurs, ses liens avec De Zerbi et Longoria sont anciens et étroits. Le choix d’écarter Rabiot ne relevait pas de lui, mais de De Zerbi. Il s’y est associé, toujours dans l’objectif de préserver une identité de club et une cohésion forte au sein de la direction, afin d’afficher une solidité vis-à-vis de l’extérieur et du vestiaire. Il paraît donc difficile de lui reprocher cela, ou de le juger uniquement à travers cet angle.

OMOM – OGC Nice : Habib Beye joue sa peau ce soir !

Habib Beye avait-il réellement le choix en rejoignant l’Olympique de Marseille ? 
La réponse est simple : non. Il n’est personne pour refuser l’OM. À ce stade de sa carrière, il ne pouvait refuser un tel poste. Malgré les tentatives de valorisation de son bilan à Rennes, il restait sur quatre défaites. Il avait déjà été proche d’un licenciement auparavant, ce qui fait de cette expérience un échec. En tant que jeune entraîneur débutant, refuser l’OM n’était pas envisageable, même dans un contexte incertain. Il faut replacer cette décision dans son contexte : à ce moment-là, il ne disposait pas de la légitimité nécessaire pour décliner une telle opportunité. Il possédait une carrière de joueur professionnel, certes, mais pas encore celle d’entraîneur. Il a donc saisi une opportunité que la plupart auraient acceptée dans sa situation. C’est une évidence !


Partagez cet article maintenant !