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Journaliste incontournable de la scène médiatico-sportive française, Grégory Schneider (Libération) prend le temps de s’arrêter sur l’actualité du PSG en répondant aux questions de Farid Rouas.
Luis Enrique, le coach espagnol du Paris Saint-Germain divise mais est-ce un génie incompris ou un coach surestimé ?
Aucun des deux. Je dirais : génie incompris, non. Voir du génie dans le foot, j’ai beaucoup de mal. Ça induirait qu’il y ait des créateurs, une création consciente. Non : c’est un grand professionnel et, d’une certaine manière, il y a pas mal de confiance en soi et de didactisme.
C’était déjà un top coach avant d’arriver ?
Oui, tout à fait. Après, en équipe d’Espagne, c’est quand même un bilan pour le moins mitigé, puisque le but n’est pas de conserver le ballon 70 % du temps. Là où on peut lui trouver des qualités, c’est, d’une part, qu’il ne lâche jamais son idée. Il y a quand même une doxa dont il ne s’écarte jamais, c’est-à-dire des convictions fortes. Il a aussi les moyens d’appliquer ses convictions, parce qu’on lui donne à peu près les joueurs qu’il veut, et un pouvoir sur les joueurs qu’on n’avait pas donné jusqu’ici aux entraîneurs du PSG. Par ailleurs, il y a quelque chose que, personnellement, j’apprécie chez lui en tant que journaliste : une forme de franchise. C’est-à-dire que, par exemple, il ne fait pas semblant de nous aimer.
« Luis Enrique ne fait pas semblant d’estimer les journalistes »
Il n’a pas de langue de bois ?
Non ! Il ne fait pas semblant d’aimer les journalistes, il ne fait pas semblant de les estimer. Je connais beaucoup de coaches qui ne pensent pas beaucoup de bien des journalistes souvent pour des raisons qui s’entendent : ils nous trouvent un peu lacunaires dans notre connaissance du foot, un peu définitifs. Mais ils le cachent. Luis Enrique dit les choses à peu près comme il les voit, ou, en tout cas, il ne peut pas les cacher sur 8 à 10 minutes de conférence de presse. J’apprécie cela, parce que ça donne une impression de vérisme, de réalisme.
Quel joueur au PSG actuel vous fascine le plus ?
Il y en aurait deux, mais je vais vous dire João Neves. Pourquoi ? Parce que je le cerne mal. Il y a, pour moi, une forme de mystère. Je ne suis pas sûr qu’il fasse quelque chose très bien, mais il fait tout bien. Il a beaucoup de régularité. Et il y a une forme d’effacement dans sa personnalité, ou dans ce qu’il donne à voir médiatiquement, qui me stimule. Le secret de cette équipe, c’est son milieu de terrain – il faut dire les choses. Donc je vais chercher un joueur au milieu. Vitinha, je vois à peu près à quoi il ressemble : une personnalité qui ne me séduit pas beaucoup, un peu sûre d’elle ; d’ailleurs, certains coéquipiers aimeraient de temps en temps qu’il redescende. Fabián Ruiz, je vois qui il est : joueur d’équilibre, grand joueur, sélection espagnole. Neves, lui, conserve un mystère qui me stimule !
« Luis Enrique ne peut plus sortir Safonov »
Des réflexes de dingue, une lecture du jeu impressionnante. Mais peut-on faire confiance à Safonov au très haut niveau ?
En réalité, on ne le connaît pas, et je pense qu’il ne se connaît pas encore lui-même. C’est quand même un joueur sorti de Krasnodar à 27 ans. Quand on veut faire carrière dans les grands clubs, ce n’est pas anodin. Il y a peut-être eu un effet de retard lié à la guerre en Ukraine, qui a constitué un frein, à la fois pour les laisser partir et pour les clubs étrangers pour les recruter. Donc c’est un gardien dont on cerne mal les limites et lui-même les cerne mal. À ce stade, j’aurais beaucoup de difficultés à dire : tel joueur, avec telle force et telle limite. Il y a une interrogation. D’ailleurs, il y a une interrogation pour tout sportif, puisqu’un joueur se découvre au fil de sa carrière. On explique qu’à 30 ou 31 ans, il est encore possible de progresser. Mais pour lui, c’est sans doute plus aigu, du fait de cet exil tardif.
Et vous, vous le faites débuter dans la double confrontation contre le Bayern ?
Oui, tous les jours, puisque le problème, c’est qu’il a pris le dessus sur Chevalier. Il a verrouillé sa place de titulaire lors de la série contre Flamengo. À partir de là, on ne peut plus le sortir. Pas par rapport à nous, médias, Luis Enrique s’en moque, et il a raison mais par rapport à son vestiaire. On ne peut pas promouvoir une forme de méritocratie en écartant, à ce moment-là, Matveï Safonov, qui fait ses matchs, qui a été plutôt bon contre Chelsea. On ne peut plus le sortir. Il ne faut pas mésestimer le regard des joueurs sur Luis Enrique : l’air de rien, il vit aussi sous leur regard. Cette idée qu’il serait tout-puissant, qu’il fait ce qu’il veut, ne correspond pas à la réalité. Donc il ne peut plus sortir Safonov !

