« Steve Mandanda devrait pouvoir intervenir dans n’importe quel club »

Réputé dans le monde de la préparation mentale, Charles Debris prend le temps d’expliquer son rôle auprès des footballeurs et décrypte, au micro de Farid Rouas, les précieux leviers dans la performance et le haut niveau.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous spécialiser dans la performance sportive ?
Ce sont les joueurs qui m’y ont poussé. Ils cherchent en permanence à progresser. Le premier d’entre eux, Robert Pirès, m’a amené naturellement vers cette voie après plusieurs échanges. Je l’ai accompagné sur la préparation mentale et la performance individuelle durant son passage à Arsenal. Depuis plus de vingt-cinq ans, j’interviens auprès de joueurs internationaux, mais aussi de joueurs de Ligue 1 et de Ligue 2, tous à la recherche des meilleurs outils pour progresser.

Quels types d’outils utilisez-vous ?
Il existe 50 de techniques et méthodes d’entraînement. Nous pouvons évoquer le premier travail qui concerne le match : la préparation et l’après-match, sous forme d’entretiens et d’exercices liés à la concentration et à la reconcentration. Se concentrer est une chose, savoir se reconcentrer en est une autre. Sur une saison entière, l’objectif est aussi de maintenir une motivation constante, aussi bien en match qu’à l’entraînement. Aujourd’hui, les joueurs doivent être impliqués en permanence : sur le terrain, mais aussi dans l’alimentation, le sommeil et la récupération. La performance exige une implication quotidienne, quel que soit le niveau.

Que recouvre concrètement le consulting en performance ?
Les joueurs ont d’abord besoin d’être écoutés. Mais l’écoute seule ne suffit pas. Il faut leur apporter des outils, des techniques et des méthodes concrètes, comme la visualisation ou l’imagerie mentale, afin qu’ils puissent les utiliser directement sur le terrain.

La science du sport a-t-elle beaucoup évolué ces dernières années ?
Elle a évolué dans tous les domaines : préparation mentale, physique, technique et tactique. Les méthodes d’entraînement et de mémorisation ont progressé, mais la notion de temps reste essentielle. Un joueur a besoin de temps pour assimiler les informations et les intégrer durablement. À l’époque de Marcelo Bielsa à Marseille, les joueurs recevaient énormément de vidéo le jour du match, alors que la mémorisation ne peut pas être optimale dans ces conditions. À l’inverse, Philippe Montanier organisait des séances vidéo régulières tout au long de la semaine, ce qui favorisait une meilleure assimilation du jeu et des consignes.

« Luis Enrique a su imposer son autorité »

Comment expliquez-vous la réussite actuelle du Paris Saint-Germain ?
Luis Enrique accepte la défaite. C’est fondamental, car cela permet de travailler avec davantage de liberté. Ensuite, il a su imposer son autorité, notamment dans certaines situations fortes comme celle vécue avec Ousmane Dembélé. Enfin, on lui a laissé du temps.
Qu’ils gagnent ou non la Ligue des champions, l’essentiel reste la progression. S’ils continuent dans cette logique, ils pourront s’inscrire durablement au plus haut niveau.

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Comment concilier performance et santé sur le long terme ?
C’est une vraie question. Les après-carrières restent extrêmement difficiles pour les joueurs. À ce sujet, l’UNECATEF mène un travail important, qui mériterait sans doute d’être davantage mis en avant. Les clubs agissent aussi, mais cela reste insuffisant. Quand j’aborde ces sujets avec eux, la performance, la santé, l’accompagnement sur le long terme. La réponse est souvent la même : « Charles, aide-nous surtout à gagner trois places au classement. » Bien sûr que je peux aider à améliorer la performance. Et cela peut même avoir des effets positifs sur les joueurs. Mais la réalité, c’est qu’une fois la carrière terminée, beaucoup sont laissés de côté.

Le football professionnel laisse-t-il trop vite ses anciens joueurs de côté ?
Prenons l’exemple de Steve Mandanda. Il n’a pas besoin d’argent, ni de reconnaissance. En revanche, il y a une vraie question autour de la place qu’on laisse aux anciens joueurs. Aujourd’hui, il est probablement le premier à répondre présent pour aller voir des U6 ou des U9, simplement parce qu’il a du temps et qu’il veut encore transmettre. Beaucoup d’anciens tournent autour du football, assistent à des matches, mais sans véritable rôle. Et au fond, certains s’ennuient. Nous avons du mal à intégrer durablement les anciens joueurs dans les structures professionnelles, alors qu’ils représentent une richesse immense. Honnêtement, un profil comme Steve Mandanda devrait pouvoir intervenir dans n’importe quel club professionnel comme consultant spécifique pour les gardiens. Pour un coût modeste, un club bénéficierait d’une expérience, d’un regard et d’une transmission uniques.


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