Au cœur de la brûlante actualité du Real Madrid, dont le vestiaire explose ces derniers jours, le journaliste Grégory Schneider (Libération) prend le temps de décortiquer la possibilité responsabilité de Kylian Mbappé dans tout cela. Il est interrogé par Farid Rouas.
Kylian Mbappé dans un vestiaire, est-ce un moteur ou une source de déséquilibre ?
C’est une question vaste. Cela peut être les deux, selon le vestiaire. Ce qui est certain, c’est que c’est un grand joueur, l’un des meilleurs de la planète. Il est champion du monde avec les Bleus et il ne faut pas avoir la mémoire courte concernant le Mondial qatari. Son niveau de performance y était comparable à celui de Lionel Messi, peut-être même légèrement supérieur : Messi a procédé par séquences, alors que Mbappé a davantage porté son équipe seul. Ensuite, il a devant lui un chantier : quelle est sa capacité à entraîner les autres ? À les convaincre d’adhérer à son jeu ? C’est une vraie question. Sur le joueur, il n’y a pas de doute. Sur le leader, cela reste à démontrer.
Le problème vient-il vraiment de Mbappé au Real Madrid ?
Lui en faire porter l’entière responsabilité serait excessif. Le vestiaire n’était pas le même, les joueurs non plus. Ils ont perdu Luka Modrić et Toni Kroos. Ce n’est plus le même Vinícius Júnior, ni le même Thibaut Courtois. Il faut mesurer ce que Courtois a représenté dans les succès du Real Madrid. Ce n’est plus le même Dani Carvajal, notamment en raison des blessures. A un moment, Mbappé porte une responsabilité élargie, et cela peut servir d’épouvantail pour éviter d’autres remises en question. Ce n’est pas un sport individuel, il faut contextualiser.
« Deschamps a su gérer Mbappé en sélection. En club, au quotidien, c’est différent… »
Le Real Madrid doit-il se construire autour de lui ?
Le contexte n’est pas favorable au Real Madrid, notamment en termes d’effectif et d’environnement. Pour moi, cela se jouera en grande partie lors du Coupe du Monde de la FIFA 2026. On en saura davantage à ce moment-là. Mais en aucun cas il ne faudrait lui interdire ce rôle. Après les matchs, ses déclarations peuvent être contradictoires. Un titre de champion du monde serait très difficile à aller chercher, mais il est capitaine, il est leader. Il sera jugé à ce niveau-là.
Parlons de la saison prochaine et de Didier Deschamps. Son mandat avec les Bleus arrive à son terme et son nom circule du côté du Real Madrid. Est-il celui qui comprend le mieux Mbappé ?
Probablement pas. Mais être sélectionneur est très différent d’être entraîneur de club, où l’on gère le joueur au quotidien. Mbappé a été très vite une bénédiction, mais aussi un sujet de gestion dès la Coupe du Monde de la FIFA 2018. La situation a été complexe pendant la compétition. Deschamps avait notamment envoyé d’autres joueurs en conférence de presse pour réduire l’exposition médiatique de Mbappé. Il faut à la fois ne pas freiner son développement et le maintenir dans un cadre collectif qu’il peut, par nature, déséquilibrer, compte tenu de son importance, de ses qualités et de sa difficulté à accepter sans discussion. Si on lui affirme quelque chose, il veut en comprendre la preuve. C’est un joueur qui souhaite maîtriser sa carrière et son niveau de performance, très tôt d’ailleurs. Cela implique un droit de regard sur certains aspects, ce qui complexifie sa gestion. En sélection, ce rôle est ponctuel, avec des échéances majeures tous les deux ans. Les éliminatoires sont devenues moins exigeantes, notamment avec l’élargissement de la phase finale de la Coupe du monde à 48 équipes, ce qui rend une élimination de la France hautement improbable. Ainsi, les vrais rendez-vous se concentrent sur ces grandes compétitions. Didier Deschamps a su gérer Mbappé dans ce cadre. Mais au quotidien, dans un club, avec la gestion des transferts et du vestiaire sur la durée, la situation est très différente.

